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Hergé Papa de tintin

Hergé, tel est le pseudonyme adopté par un jeune dessinateur d'une revue scoute en 1924, quelques mois avant d'être embauché au quotidien "Le Vingtième" et de publier à partir du 10 janvier 1929, les aventures d'un journaliste susnommé "Tintin.

 Né Georges Prosper Remi le 22 mai 1907 à etterbeek en Belgique, Hergé allait devevenir celui que l'on considère comme le père de la bd européenne.

Selon les propres mots d'Hergé, le petit Georges était un enfant insupportable, « particulièrement lorsque ses parents l'emmenaient en visite. » L'un des remèdes les plus efficaces était de lui fournir un crayon et du papier[9]. L'un de ses premiers dessins connus figure au dos d'une carte postale où sont représentés au crayon bleu un train à vapeur, un garde-barrière et une automobile (vers 1911).

Georges Remi était issu d'une famille de la classe moyenne catholique et ancrée à droite. En 1919, le patron de son père, Monsieur Waucquez avait fortement conseillé Alexis Remi de mettre son fils en établissement catholique à la suite d'une année scolaire plutôt médiocre. Le jeune garçon est, à son grand désespoir placé au sein de la troupe scoute du collège Saint-Boniface de Bruxelles. Dès lors, l'environnement ultracatholique et scout ne le quittera plus jusqu'aux années 1950.

Durant les années 1920, les réalisations d'Hergé restent encore très modestes, il découvre par l'intermédiaire de Léon Degrelle, correspondant du Vingtième Siècle au Mexique, la bande dessinée américaine faisant sortir directement les paroles de la bouche des personnages. Depuis la fin du XIXe siècle le comic strip est très populaire aux États-Unis et s'adresse avant tout aux enfants. Le tournant des années 1930 exporte le genre en Europe occidentale.

 Bien qu'il illustre des articles et des couvertures de mensuels de gags scouts, la technique reste maladroite : par exemple, en avril 1925, il croque pour le Blé qui lève quatre dessins sur les « plaisirs du vélo » où un cyclotouriste regonfle son pneu tellement fort qu'il le fait exploser. Au même moment, son chef de troupe René Weverbergh lui offre pour la Saint-Georges, un ouvrage intitulé Anthologie d'Art pour perfectionner son coup de crayon. Ses études secondaires terminées, Hergé cherche désormais du travail. Lors d'une réunion scoute, l'abbé Wathiau lui propose un poste d'employé au Vingtième Siècle. Acceptant l'offre, il est engagé à partir du 31 octobre 1925.

Le journal est dirigé par l'autoritaire abbé Norbert Wallez (1882-1952) dont la ligne éditoriale est ultracatholique et nationaliste. C'est d'ailleurs l'administrateur du Boy-Scout belge, le journal du collège, René Weverbergh qui présenta le jeune Georges à l'abbé Norbert Wallez, le directeur du Vingtième Siècle (1925). L'ecclésiastique se révéla alors à un jeune garçon qui n'avait aucune assurance et qui s'autocritiquait sans cesse. Plus tard, Hergé avoua que Wallez avait profondément influencé sa philosophie, sa personnalité et même sa vie conjugale puisque c'est lui qui lui présenta sa secrétaire Germaine Kieckens au dessinateur.

Hergé continue de publier en parallèle pour la revue du Boy-Scout des planches de gags. Dans le numéro de juillet 1926, la double page centrale propose "Les Extraordinaires Aventures de Totor".

La suite des aventures de ce scout débrouillard, souvent reconnu comme l'ancêtre de Tintin, se déroule en août-septembre à Manhattan. Cependant, le dessinateur est appelé au service militaire le 16 août : il est affecté à la 4e Compagnie du 1er Régiment de Chasseurs à pied à Mons alors qu'il avait demandé la cavalerie ! Totor qui devait réapparaître dans le Boy-Scout à l'automne 1926, ne fera sa réapparition qu'en février 1927 à partir de la septième planche.

Acquitté de son service militaire, Hergé est chargé par l'abbé Wallez des tâches d'illustrateur et de reporter-photographe. Son « amie » Germaine est embauchée au Vingtième Siècle le 15 février 1928 comme secrétaire de l'abbé Wallez. Satisfait du travail d'Hergé, ce dernier lui confie la responsabilité du nouveau supplément hebdomadaire destiné à la jeunesse pour agrandir le nombre de lecteurs : Le Petit Vingtième. Poussé par Wallez, Hergé s'instruit en dévorant de nombreux ouvrages afin de donner plus de précisions à ses illustrations. Le premier numéro du Petit Vingtième paraît le 1er novembre 1928 mais se montre aux yeux du public assez décevant. L'artiste y propose dans un premier temps « Les aventures de Flup, Nénesse, Poussette et Cochonnet », une série qui raconte l'histoire de trois jeunes adolescents et d'un porc connaissant diverses aventures, sur un scénario de l'abbé Desmedt, un rédacteur sportif du journal. L'histoire se déroule sur un fond colonialiste et proclérical, toujours en vogue à l'époque, en particulier lorsque les enfants, prisonniers dans un village de « cannibales », sont sauvés par la bienveillance d'un missionnaire catholique. Hergé est peu motivé mais la série se poursuit jusqu'en mars 1929.




« Je me sentais comme dans un costume mal coupé qui me gênait aux entournures. »
Interview d'Hergé.

Cette année-là, Bruxelles accueille une exposition sur la Russie bolchevique. Les employés du Vingtième Siècle, ultra-catholiques et anticommunistes sont indignés par cette exposition située à quelques pas de leur bureau. L'un d'eux, le comte Perovsky, est un ancien Russe blanc réfugié en Belgique après la guerre de civile de 1918-1921. Une centaine d'étudiants nationalistes dirigés par Léon Degrelle met à sac l'exposition à la grande joie de l'abbé Wallez.

Enfin, pour donner plus de clarté à ses dessins, l'artiste abandonne le dessin artisanal du XIXe siècle et adopte la nouvelle technique de la photogravure, technique simple mais efficace (traitement des plaques à l'acide). Pressentant le talent et la personnalité du jeune dessinateur, l'abbé Wallez est le premier à lui donner le coup de pouce décisif :

« L'abbé Wallez a eu sur moi une énorme influence, pas du point de vue religieux, mais il m'a fait prendre conscience de moi-même, il m'a fait voir en moi »
 Interview d'Hergé.

Au début des années 1930, Église et anticommunisme se confondaient en Belgique et Tintin, que lui avait commandé l'abbé, devint tout naturellement un jeune reporter catholique sauveur du peuple russe contre la barbarie soviétique…

Tintin au pays des soviets traduira l'expression de ligne anti communiste, à travers une critique virulente du régime bolchevique. Il s’agira d’une œuvre à part dans l’univers des Aventures de Tintin. Témoignage de l’apprentissage d’Hergé, il comportera plusieurs maladresses sur les plans graphiques et narratifs, le dessinateur n’ayant pas disposé d’une assez bonne documentation. Hergé lui-même qualifiera cette histoire d’« erreur de jeunesse » et souhaitera qu’elle ne soit pas considérée comme faisant partie de la série. Cette histoire sera donc la seule à rester dans son format original, en noir et blanc, et ne fera pas l’objets de diverses adaptations, contrairement aux autres albums.




Au temps de l’URSS de Staline, le reporter Tintin et son fox-terrier Milou sont envoyés à Moscou par Le Petit Vingtième. Mais dès son départ, les Soviets ont eu vent de son départ, et un agent secret est à bord du même train qu’eux. Alors que le train passe par l’Allemagne, il le fait exploser, afin de tuer Tintin. Celui-ci échappe à la mort, mais le reporter est accusé de l’attentat et est enfermé. Il réussit néanmoins à sortir de prison et poursuit son voyage jusqu’en URSS. Lorsqu'il arrive sur les territoires de l’Union soviétique, il est immédiatement traqué par le Guépéou, qui tente de l’arrêter ou de l’éliminer de nombreuses fois.


Lorsqu’il arrive à Moscou, devenue un « bourbier infect », Tintin constate que les dirigeants soviétiques forcent ses habitants au communisme, et que seuls les communistes parviennent à se sortir de la misère. Tintin s’engage dans l’Armée soviétique pour mieux en comprendre les manœuvres. Il s’enrôle au moment où son régiment va voler le blé aux koulaks, les paysans riches, à des fins de propagande. Tintin réussit à cacher le blé mais est condamné à mort. En s’échappant, il s’enfonce dans les régions polaires, où le Guépéou le pourchasse quand même.

Les péripéties se succèdent : Tintin entre dans une cabane hantée, qui s’avère un repaire secret, il s’enfuit en avion, revient malencontreusement en Allemagne, à l’aéroport de Tempelhof, est repris par le Guépéou, puis finalement sauvé par Milou. À l’auberge où il séjourne ensuite, un homme du Guépéou parvient presque à le capturer, mais Tintin le fait arrêter. Lorsqu’il réessaie de retourner en Union soviétique, estimant ne pas avoir recueilli assez d’information, sa voiture dérape et il est projeté par une fenêtre dans un train qui les reconduit à Bruxelles, où ils sont accueillis en héros.







Hergé n'étant jamais allé en URSS, il puise principalement ses informations dans le livre Moscou sans voiles écrit par Joseph Douillet, ancien consul de Belgique en URSS. Il en copie des passages entiers, par exemple une scène où des communistes se font élire en menaçant les votants avec leurs revolvers. Ci-après une citation tirée du livre de Douillet :

« Le communiste camarade Oubiykone (président sortant du comité exécutif) prononça un discours. Voici en quels termes il apostropha la foule :

"Trois listes sont en présence : l’une est celle du parti communiste. Que ceux qui s’opposent à cette liste lèvent la main !" Simultanément, Oubiykone et ses quatre collègues sortirent leurs revolvers et désignèrent la foule des paysans, l’arme menaçante au poing. Oubiykone continua :

"Qui donc se déclare contre cette liste ? Personne ? Je déclare que la liste communiste passe à l’unanimité. Il devient donc inutile de faire voter pour les deux autres." »


Le 23 janvier 1930, le dessinateur crée deux nouveaux personnages de la moyenne bourgeoisie bruxelloise : Quick et Flupke. Cette nouvelle bande dessinée paraît dans les pages du Petit Vingtième de façon continue, tous les jeudis, jusqu'en 1935, puis de façon plus irrégulière jusqu'en 1940 (seulement 19 gags entre 1937-1940). D'après l'auteur lui-même :


« Quick était le surnom d'un de mes amis. Pour Flupke, j'ai pris Flup (Philippe) et le "ke" flamand signifie "petit". Flupke c'est "petit Philippe" »

- Interview d'Hergé.

Selon B. Peeters, les Exploits de Quick et Flupke semblent rassembler « tous les éléments que ses autres albums n'étaient pas en mesure d'intégrer. » Ici aucun exotisme, mais de simples planches de gags causés par les enfants eux-mêmes, le souvenir d'une « enfance endiablée » pour Hergé. Mais l'artiste est surtout occupé ailleurs : en mai 1930, commençant à se rendre compte du succès de Tintin, il imagine déjà une suite. L'abbé Wallez a l'idée de mettre en scène le retour de Tintin de son voyage soviétique. Le 8 mai 1930, le Petit Vingtième organise le retour des héros :

« Le jour venu, je suis parti avec un garçon [Lucien Pepperman] qu'on avait désigné pour incarner Tintin (…). Je l'avais affublé d'un costume à la russe et de belles bottes rouges ; pour faire plus réaliste nous avions emprunté tous deux le train en provenance de Cologne, c'est-à-dire le train de l'Est, de la Russie (…). J'étais persuadé que nous débarquerions dans un grand désert. Or, à ma grande stupéfaction il y avait foule. »


— Interview d'Hergé.

À la fin de l'année 1930, c'est au tour de Quick et Flupke d'être rattrapés par le succès. La Radio Catholique Belge organise quelques émissions improvisant une interview fictive des deux gamins de Bruxelles.

Au final, les demandes s'accroissent. Le Petit Vingtième double, puis triple, et enfin sextuple son tirage le jour où paraît le fameux Tintin. La même année, Hergé se voit pourvoir un assistant en la personne de Paul Jamin qui sera plus tard connu en tant que caricaturiste sous le pseudonyme d'Alidor. Dans l'élan d'une tradition coloniale qui le marque depuis le milieu des années 1920, Hergé décide, sous les ordres de l'abbé Wallez, d'envoyer son personnage en Afrique, dans la province belge du Congo...

A suivre dans:  "1930 - Tintin au Congo